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Les salariés des banques se sont mobilisés pour leur convention collective

La manifestation du 30 novembre a été un succès pour les syndicats
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel à la grève lancé mardi 30 novembre par les cinq organisations syndicales du secteur bancaire. Ils entendaient faire pression sur l'Association française des banques alors que s'amorcent les dernières négociations pour établir une nouvelle convention collective. Les dispositions actuelles, dénoncées par le patronat en février 1998, arrivent à leur terme à la fin de l'année.
Sophie Fay mailto:fay@lemonde.fr?subject=Les salariés des banques se sont mobilisés pour leur convention collective
Mis à jour le mercredi 1er décembre 1999

TRENTE MILLE salariés du secteur bancaire, selon les syndicats, treize mille selon la police, ont défilé, mardi 30 novembre, à Paris, de 11 h 30 à 15 h 30 derrière une grande banderole : « Convention collective, légitime défense ». Craignant de se retrouver sans convention collective à la fin de l'année et de perdre beaucoup de leurs avantages, ils avaient répondu nombreux à l'appel des syndicats.

Derrière les leaders des cinq grandes organisations du secteur, CGT, CFDT, CFTC, FO et SNB-CGC, pratiquement tous les établissements étaient représentés, des grands groupes aux plus petites banques, notamment étrangères. Des délégations régionales étaient venues les épauler (banques de Bourgogne, banques de Bretagne...). Les cadres, arborant leur macaron SNB-CGC, étaient plus mobilisés que d'habitude. Plusieurs milliers de personnes, selon les syndicats, ont également défilé en province.

En tête du cortège, les secrétaires fédéraux ne dissimulaient pas leur satisfaction : « C'est la manifestation la plus importante depuis les mouvements de 1974, lorsque les ”OS du stylo” défendaient leurs conditions de travail », commentait Pierre Gendre, secrétaire de la fédération banque de Force ouvrière. Ils estiment que plus d'un salarié sur deux a suivi le mouvement. Pour l'AFB, le taux de grévistes ne serait que de 31,5 %. Mais ce nombre est nettement plus élevé que lors du dernier mouvement, en février 1998, (23 %). Des pointes de 70 % à 80 % ont été enregistrées dans certaines villes.

  NÉGOCIATIONS ACCÉLÉRÉES

De nombreuses agences sont restées fermées ou n'ont été ouvertes que par leur seul directeur, en dépit des consignes de sécurité. Quatre cents points de vente ont affiché porte close au Crédit lyonnais, sur les 1 850 que compte la banque. Dans cet établissement, comme à la BNP, le taux de grévistes a été de l'ordre de 40 %. A la Société générale et dans le groupe CIC, le taux de grévistes était plus élevé. Les banques régionales du CIC, filiale du Crédit mutuel, étaient particulièrement mobilisées : le taux de grévistes dans le réseau a atteint 58 %. Les représentants du personnel de la Société générale se réjouissaient d'avoir déjà fait une « séance d'entraînement pour la bataille de la convention collective » en se mobilisant contre l'offre de la BNP sur le capital de leur banque au cours de l'été. Michel Marchet, de la CGT, n'hésitait pas au passage à enfoncer un coin entre les patrons : « La direction de la Société générale ne nous soutient pas, mais elle n'a plus forcément envie de jouer la solidarité AFB, avec la BNP notamment. »

Pour autant, à l'issue de la manifestation, personne ne criait victoire : « Il était temps que l'on réussisse quelque chose, soupirait M. Gendre. Nous avons été reçus à l'AFB, mais cela n'a rien donné, aucune ouverture. » Pour l'AFB, la mobilisation a montré que les salariés veulent une convention collective. Ce message, explique-t-on rue Lafayette, est bien compris puisque dès le 24 novembre il a été décidé, avec les représentants syndicaux, d'accélérer le processus de négociation avant l'échéance de la fin de l'année. Plusieurs réunions sont prévues avant le 17 décembre, date à laquelle un nouveau texte pourrait être finalisé.

La poursuite du mouvement social dépendra donc beaucoup de l'issue de ces prochaines discussions, en particulier des séances prévues le 3 et le 8 décembre, a souligné l'intersyndicale. Celle-ci s'est réunie mercredi, en fin d'après-midi : « La balle est dans le camp de l'AFB, qui doit sans tarder faire des concessions tangibles, de fond, sur les points durs. A défaut, la grève du 30 novembre pourrait être le prélude à une grève totale sans limitation de durée. » Dans un communiqué séparé, la CFDT a pris une position plus dure, préconisant de reconduire tout de suite la grève. Mais l'initiative sera laissée localement aux assemblées générales de personnel.

  Sophie Fay



Le Monde daté du jeudi 2 décembre 1999

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