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L'Humanité quotidien

11 Janvier 2000 - POLITIQUE

Nouvelle convention collective pour les banques

Patronat et syndicats du secteur bancaire se retrouvaient hier soir pour finaliser un texte de convention collective après deux ans d'incertitudes et de négociation.

Depuis hier soir, les salariés des banques doivent avoir une nouvelle convention collective. C'est l'aboutissement d'un immense bras de fer entre syndicats et patronat. Depuis février 1998, date de la dénonciation par l'Association française des banques (AFB) représentant les banquiers, il aura fallu des prolongations au délai fixé au 31 décembre 1999. Le suspens aura donc duré jusqu'au bout. Les banquiers tenaient beaucoup à remettre en cause l'ancienne convention collective : les garanties et autres protections des salariés devenant gênantes pour mener à bien les restructurations-fusions du secteur. De leur côté, les salariés ne sont pas restés inactifs, jusqu'à descendre massivement dans la rue : 30 000 manifestants le 30 novembre dernier.

Au final, la nouvelle convention collective a été lourdement modifiée mais ni les uns ni les autres ne sont totalement euphoriques. Les dernières concessions du patronat, annoncées le 29 décembre semblaient pourtant donner satisfaction aux négociateurs syndicaux. Ceux-ci avaient exigé avant leur signature la renégociation de sept points durs : moyens donnés pour l'exercice de l'action syndicale, recours pour la rétrogradation et l'insuffisance professionnelle, modalités et garanties du licenciement pour motif économique, négociation d'entreprise pour la transposition des grilles et des emplois types, système salarial et garantie salariale individuelle, financement de la protection sociale complémentaire, durée du congé de maternité.

Les banquiers n'ont pu enfoncer de coin dans l'unité syndicale. Les cinq fédérations n'ont parlé que d'une seule voix. La peur de n'avoir plus que le Code du travail ou un protocole social unilatéral comme seule protection n'a donc pas joué pour faire accepter les reculs proposés et les banquiers ont dû en dernière limite mettre plus d'eau dans leur vin que prévu. L'AFB a donc finalement rajouté à son texte de nouvelles dispositions concernant le plafond (de 180 000 à 200 000 francs) en dessous duquel s'appliquera une mesure balai de revalorisation des traitements des salariés qui n'auraient pas été augmentés, la prolongation de 15 jours du congé maternité, la fin de la notion de localité dans la procédure de licenciement.

Les syndicats, qui ne se sont pas parvenus à faire revenir l'AFB sur la fin du point bancaire comme base de rémunération pour toute la branche, ne font pas pour autant la fine bouche devant ces nouvelles dispositions. La CFDT considère " qu'il est indéniable qu'il y a eu des avancées par rapport aux positions de départ, mais des points importants restent en suspens ".

De son côté, la CGT a porté " une appréciation plutôt favorable au regard de l'équilibre et de la portée de ce texte ". Tout en engageant sa consultation des salariés, la fédération syndicale a listé " les avancées qui ont été obtenues et les points négatifs ou insuffisants qu'il reste à conquérir dans les entreprises ou au niveau de la profession ".

Chaque syndicat a donc consulté ses militants sur la base des dernières dispositions. Le résultat semblait ne faire aucun doute : deux tiers des salariés pour la nouvelle convention collective et un tiers contre. " Le chantage de l'AFB qui consistait à proposer soit une charte sociale minimale, soit une convention collective très en deçà des garanties précédentes n'aura donc pas fonctionné ", selon Guy Nortier, le négociateur CFDT. " Nous avons réussi à limiter les prétentions patronales et à conserver des garanties ", commentait le syndicaliste de la CFDT.

De son côté, Michel Marchet, représentant de la CGT aux négociations, tire deux enseignements de cette période d'incertitude : " D'une part notre capacité à poursuivre jusqu'à son terme dans l'unité syndicale, cela a changé la donne. D'autre part, contrairement à ce que pensait l'AFB, le personnel des banques n'était pas résigné. Et tous les discours sur la ringardise de la convention collective n'ont pas pris, et cela a explosé le 30 novembre. C'est un échec politique pour les tenants de la grand-messe libérale. "

Christophe Auxerre


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