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L'Humanité quotidien

01 Décembre 1999 - POLITIQUE

Banques

Olivier Robert de Massy : la date butoir du 31 décembre

Pourquoi avoir dénoncé la convention collective du secteur bancaire ?

Olivier Robert de Massy. Nous avons fait deux constats qui nous ont conduits à changer la convention collective : d'abord notre système salarial n'était plus adapté, et ensuite, arrivait la loi sur les 35 heures. Nous avons tenté de négocier. Mais comme rien n'avançait, nous nous sommes résolus à dénoncer la convention collective le 2 février 1998, pour en reconstruire une avant le 31 décembre 1999.

De là à dire que c'était un système ringard, selon l'expression du président de l'AFB, Michel Freyche...

Olivier Robert de Massy. Ce n'était qu'une image pour qualifier le côté très obsolète d'un texte qui date de 1952 et qui ne correspond plus à la réalité. Y figurent, par exemple, des métiers comme les garçons de recettes qui n'existent plus.

Est-ce que vous ne les exposez pas dangereusement en faisant exploser un certain nombre de garanties ?

Olivier Robert de Massy. On ne fait pas exploser les garanties ; au contraire, notre projet de convention collective conserve au secteur bancaire un niveau d'avantages qui ne se retrouve pas dans d'autres secteurs. Une partie de la réforme, en fait, modifie les rôles de la branche et de l'entreprise pour adapter notamment notre système salarial. C'est un transfert de pouvoir de la branche vers l'entreprise.

Ce qui était donc obsolète, selon vous, c'était de fixer un salaire au niveau de la branche ?

Olivier Robert de Massy. Oui, c'était le système du point bancaire fixant le salaire des 225 000 salariés. Cela ne correspond plus à la réalité de ce que sont devenues les entreprises bancaires. Il fallait donc changer. En effet, pour une entreprise en difficulté, l'augmentation du point bancaire aggravait la situation, ce qui pouvait avoir des conséquences négatives sur l'emploi. Par ailleurs, il faut le dire clairement, les entreprises souhaitent pouvoir développer des mesures catégorielles ou individuelles liées aux résultats... Si les marges de manouvres sont préemptées par des décisions de branche, cela ne peut se faire.

Où en êtes-vous de la négociation ?

Olivier Robert de Massy. Nous sommes dans une phase d'accélération avec une réunion par semaine, d'ici au 17 décembre. Avec les organisations syndicales, nous nous sommes fixé l'objectif d'aboutir à un texte le 15 décembre qui sera relu le 17 décembre, de manière à ce que ces dernières aient deux semaines, avant la date fatidique du 31 décembre, pour procéder aux consultations qu'elles estiment utiles.

Dans vos propositions, ne différez-vous pas votre réforme sur le fond jusqu'à ce que la pyramide des âges ait fait sortir les salariés les plus âgés du système bancaire ?

Olivier Robert de Massy. Vous avez en partie raison. Par exemple, sur les indemnités de licenciement, nous avons fait une proposition qui conserve la même protection que la convention collective de 1952, jusqu'en 2002. Après, mais seulement très progressivement, sera introduit un nouveau système. · terme, cette évolution conservera aux salariés un niveau de garanties cinq fois supérieur à celui du Code du travail.

Il y a quand même de l'inquiétude chez les salariés...

Olivier Robert de Massy. Les salariés ont différents motifs d'incertitude, donc d'inquiétude. Certains découvrent un nouveau statut, d'autres découvrent un nouvel actionnaire, d'autres s'interrogent sur les évolutions professionnelles qui vont résulter des technologies, de l'euro. Nous avons fait un effort d'information avec une lettre adressée tous les deux mois aux 225 000 salariés, un numéro vert à leur disposition, et notre projet complet sur le site Internet de l'AFB, actualisé en permanence. Il y a un certain nombre de salariés qui ne sont pas satisfaits de telle ou telle proposition que nous avons mise sur la table. Il y a aussi, dans un certain nombre de banques, des motifs d'insatisfaction liées à d'autres causes. Mais parmi les manifestants, nombreux sont ceux, à mon avis, qui trouvent le projet acceptable et souhaitent qu'il soit signé. C'est un message qui s'adresse aux deux parties.

Alors que va-t-il se passer le 31 décembre ? Si vous êtes en pleine négociation, vous arrêtez à minuit...

Olivier Robert de Massy. Oui, je serai là jusqu'au 31 décembre, minuit s'il le faut, prêt à signer mais au-delà de cette date butoir, ce sera une autre situation. L'AFB mettra en place un protocole social qui garantira aux salariés des avantages supérieurs au Code du travail.

Avez-vous été surpris de voir un front syndical aussi uni ?

Olivier Robert de Massy. Il y a une union tactiquement compréhensible et normale. Cela ne veut pas dire que, thème par thème, les fédérations syndicales soient toutes en ligne. Si malheureusement il n'y en a qu'une ou deux qui veulent signer, je n'hésite pas. Pour les salariés et les entreprises, la meilleure solution est d'avoir une convention collective. C'est en tout cas notre conviction et notre souhait.

Christophe Auxerre


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