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L'Humanité quotidien

01 Décembre 1999 - POLITIQUE

Banques

Michel Marchet : nous n'avons pas l'intention de nous laisser impressionner

Pourquoi y a-t-il eu dénonciation de la convention collective des banques ?

Michel Marchet. Le secteur des banques est en pleine restructuration, qui ne sont dictées que par une logique de rentabilité financière. La convention collective représente un obstacle à leur réalisation. C'est un obstacle pour la gestion de l'emploi puisque nous bénéficions de garanties avec des indemnités de licenciement qui sont élevées, et qui rendent tout plan social plus cher. Le patronat bancaire veut des salariés au salaire individualisé, et sur un siège éjectable du fait des mesures disciplinaires qu'ils projettent. C'est une précarisation inacceptable !

Est-ce à dire que les salariés des banques sont des privilégiés ?

Michel Marchet. D'abord arrêtons de dire que les syndicats veulent le statu quo. Nous ne voulons pas garder le métier de garçon de recettes : il n'existe plus, tout le monde le sait. Des salariés privilégiés ? Les garanties dont ils bénéficient ne coûtent rien à la société et à l'économie. Si on prend l'exemple du montant des indemnités de licenciement, elles ne sont qu'un coût théorique. Il ne devient réel que s'il y a licenciement. Ce n'est quand même pas un privilège que de recevoir des indemnités de licenciements. Le problème, c'est que là aussi ils veulent réduire les coûts.

Mais le patronat bancaire affirme qu'il est prêt à payer cinq fois plus que la moyenne des autres branches...

Michel Marchet. Les salariés ne comparent pas leur situation à celle des autres branches. Ils comparent leur situation actuelle à celle que serait la leur si le projet AFB aboutissait. Cela n'a aucun intérêt de dire : " Vous seriez plus mal traité si vous travailliez dans une autre branche. " Ça ne console personne !

Le point bancaire était-il un système ringard comme l'a déclaré Michel Freyche, le président de l'AFB ?

Michel Marchet. Ses déclarations ont toujours été provocantes, car il considère que les salariés ne se mobilisent pas. Le point bancaire n'est qu'une expression du salaire. Comme dans d'autres branches, la convention dit que les salaires peuvent augmenter par accord de branche. Il reste dans la profession une petite part de négociation à caractère collectif avec l'ancienneté, mais c'est à peine 0,4 % des masses salariales. Même cela, ils veulent le voir disparaître.

· quelle étape de la négociation en êtes-vous ?

Michel Marchet. Disons que l'AFB commence à avoir un profil un peu plus négociateur. Les choses commencent à bouger. Il faut dire qu'il y a des débrayages depuis le 26 octobre.

Comment ressentez-vous l'inquiétude des salariés ? Est-ce que vous aussi vous entendez un message des salariés qui vous disent " signez ! " ?

Michel Marchet. C'est une manière de présenter les choses dignes d'un bureau de propagande. Des gens interpellent sûrement le patronat pour lui dire de signer une convention collective avec les syndicats. Cela ne signifie pas qu'ils demandent de signer n'importe quoi. C'est renverser la charge de la preuve ! Quant à l'inquiétude des salariés, elles est réelle. La preuve par la forte manifestation d'hier qui connaîtra des suites. Entre nous, on a de grands débats pour savoir si nous lançons la grève illimitée tout de suite. Les banques s'inquiètent aussi. Les directeurs des ressources humaines de la Société générale, de la BNP et du Crédit lyonnais encadrent désormais les négociations. Ils mesurent mieux, eux, le climat dans les entreprises.

Dans la négociation, les propositions nouvelles de l'AFB, ne diffèrent-elles pas la réforme sur le fond jusqu'à ce que la pyramide des âges ait fait sortir les salariés les plus âgés du secteur ?

Michel Marchet. Effectivement, à un moment, ils ont tenté une manouvre, en proposant, pour les quadras d'aujourd'hui, un régime plus favorable, laissant par exemple la prime d'ancienneté. Mais les cinq syndicats ont rejeté l'idée qu'il puisse y avoir des statuts différenciés. Du reste, il faut qu'il fasse attention, les jeunes aussi étaient dans la rue et pas pour d'autres problèmes que la convention collective.

L'union syndicale compte aussi fortement. J'espère qu'elle tiendra jusqu'au bout parce qu'une convention collective est le contrat entre tous les salariés et le patronat de la profession. Il est normal qu'elle soit signée par tous les syndicats.

Que va-t-il se passer le 31 décembre ?

Michel Marchet. Je l'ai dit, il faut arriver au bout à cinq, et que l'on décide ensemble, après avoir consulté les 200 000 salariés. S'ils nous disent ce n'est pas suffisant, il faudra reprendre la négociation. Nous n'avons pas l'intention de nous laisser impressionner par cette date butoir. Imaginons que la négociation soit en cours et qu'il faille prolonger pour conclure courant janvier. On arrête tout parce que c'est le 31 décembre ? Tout ce qui a été négocié ne sert à rien ? Ce serait le plus sûr moyen pour que le 2 janvier, tout le monde soit dehors. Si M. De Massy veut passer le 31 décembre dans son bureau, il sera tout seul !

Propos recueillis par

Christophe Auxerre

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