LE QUOTIDIEN

Menace de grève générale dans les banques

Manifestation hier à Paris contre le projet de l'AFB.

Par DAVID GARCIA

Le mercredi 1er décembre 1999

 

Le quartier de l'Opéra n'a pas vraiment l'habitude. Hier matin, à Paris, la respectable place a été le lieu d'un important rassemblement de salariés des banques (1) qui manifestaient contre le projet de nouvelle convention collective proposée par l'AFB (Association française de banques). Cette dernière a dénoncé, en février 1998, celle qui régissait depuis 1952 les droits de la profession. Depuis près de deux ans, les négociations entre patronat et syndicats piétinent. Au risque que le premier janvier prochain, les salariés ne disposent plus, pour seule protection sociale, que du simple code du travail

11 heures 30. A deux pas du siège des plus grandes banques françaises, le cortège s'ébranle. Les manifestants se chauffent la voix en conspuant les non grévistes de la BNP aux balcons. Banderoles, tambours africains, pétards, slogans bien sentis et même Chant du partisan version Zebda, on sent, de la part de travailleurs peu portés à la contestation, le désir de montrer qu'ils sont des grévistes comme les autres.

«Pas des banquiers». «On pense que nous sommes une population de nantis, s'insurge Christiane, venue de Valence. Mais les employés de banque ne sont pas des banquiers.» Ils sont unanimes à dénoncer la méthode du patronat. «En l'état, les propositions de l'AFB sont inacceptables, assure Marie-Claire, 52 ans, cadre à la BNP. En agitant la perspective de passer au simple code du travail, ils nous imposent un véritable chantage.» René, 49 ans, «simple» employé, partage la même vision que sa camarade cadre sur les salaires. «Si, comme l'entend l'AFB, le point bancaire (négociation salariale au niveau de la branche) disparaît, les salaires n'augmenteront plus qu'individuellement, c'est-à-dire, la plupart du temps, arbitrairement.» Cadres et employés, qui manifestent à l'appel de l'intersyndicale CFDT, CGT, FO, SNB-CGC, CFTC, même combat?

Des cadres exhibent, rouges de plaisir, leurs affichettes SNB-CGC, comme pour se convaincre qu'ils sont aussi nombreux que les autres catégories de salariés. Malgré les pressions et une culture de «responsabilité» peu compatible avec la revendication. Ils disent, comme Françoise, leur refus de «se faire avoir», de travailler toujours plus sans compensation. Même si plus d'un manifestant témoigne avoir vu, le matin même, des cadres ouvrir seuls telle petite agence bancaire... Autre point de consensus parmi les grévistes, la clause de licenciement «pour motif non disciplinaire». «Autrement dit, les patrons vont pouvoir allégrement licencier à la gueule du client», rigole Eugène, de la Société générale à Ajaccio.

13 heures.Place de la Bourse, les sifflets se réveillent. Des plaisantins s'écrient: «Que fait la Bourse?» Dernière ligne droite, rue Lafayette, devant le siège de l'AFB. Pierre Gendre, patron de FO Banque, annonce à des grévistes euphoriques qu'«ils n'avaient jamais, depuis quinze ans, été si nombreux». La détermination des salariés devient palpable. Pascal, 48 ans, affirme que ses collègues de la Lyonnaise de banque sont «prêts à remettre le couvert». Et s'il le faut à bloquer le système lors du fameux week-end de passage à l'an 2000. «A Clermont, les informaticiens sont remontés comme des pendules.» Des manifestants tapissent les portes de l'AFB de slogans explicites: «état de légitime défense».

Grève reconductible. Hier soir, les communiqués triomphants des syndicats mettaient en garde l'AFB. «Elle doit, dit l'intersyndicale, sans tarder faire des concessions tangibles.» A défaut, les patrons sont menacés d'une «grève totale sans limitation de durée». Sans attendre, la CFDT, premier syndicat du secteur, prenait les devants et appelait à la grève reconductible dès ce matin.

(1) 13 000 selon la police, 25 000 selon les syndicats.


[article précédent] [semaine] [article suivant]

[quotidien]

©Libération