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Les syndicats des banques veulent réussir une démonstration de force

Le personnel des établissements affiliés à l'AFB (Association française des banques) est appelé à faire grève et à manifester mardi 30 novembre. Les organisations de salariés cherchent à peser sur les négociations en cours pour renouveler la convention collective

Pascale Santi mailto:santi@lemonde.fr?subject=Les syndicats des banques veulent réussir une démonstration de force
Mis à jour le lundi 29 novembre 1999

MARDI 30 novembre, de nombreux guichets de banques adhérentes à l'association française des banques (AFB) devraient rester fermés. A l'appel de l'ensemble des syndicats, les salariés sont appelés à participer à une manifestation nationale à Paris. Des manifestations sont également prévues en province, notamment à Marseille, Toulouse, Nice, Strasbourg et Bordeaux. Compte tenu du nombre de cars réservés, les responsables syndicaux s'attendent à une forte mobilisation. Les syndicats considèrent que la manifestation parisienne serait une réussite si 15 000 à 20 000 personnes y participent. Par cette démonstration de force, les syndicats veulent faire pression sur le patronat pour parvenir à un accord sur la convention collective. Dénoncée le 2 février 1998 par le patronat, cette convention arrive à expiration le 31 décembre.

Les inquiétudes des salariés sont fortes. Sans convention collective, ils n'auraient d'autre protection que le droit du travail. « Ce serait une situation juridique compliquée », reconnaît l'AFB. Pour rassurer les salariés, l'AFB ne lésine pas sur la communication : tous les textes sont disponibles sur Internet et, depuis le 18 octobre, un numéro vert a été mis en place. Par ailleurs, en cas d'échec, le patronat proposerait un « protocole social », applicable dès le 3 janvier. « On ne veut pas laisser les salariés de la banque avec le seul Code du travail », reconnaît Olivier Robert de Massy, directeur des questions sociales à l'AFB. Mais les syndicats s'interrogent sur la valeur et la portée juridique d'un tel texte et le patronat ne veut pas laisser croire qu'il mise sur l'échec des négociations. « Les salariés veulent avoir une convention collective », constatent les responsables des affaires sociales des différentes banques.

A l'approche de l'échéance du 31 décembre, la situation semble enfin évoluer. Après deux années de blocage, l'AFB affirme que des « avancées significatives » ont été faites, notamment au cours de la réunion du 24 novembre. Les négociations vont bon train. Un projet quasi finalisé doit être remis aux syndicats par l'AFB le 15 décembre, après d'autres réunions le 3 décembre sur la protection sociale et le dialogue social, sur les rémunérations et la classification le 8, sur le contrat de travail le 13. Un dernier rendez-vous a été fixé le 17 décembre.

  SITUATION PARADOXALE

Principal objet du débat, l'AFB souhaite décentraliser les négociations salariales au niveau des banques tandis que les syndicats veulent conserver de nombreuses prérogatives à la branche. C'est parce qu'il ne voulait plus que l'évolution des salaires - le fameux « point bancaire » - soit défini au niveau de la branche que le patronat a dénoncé la convention collective. « Supprimer le point bancaire, c'est tuer le symbole de la négociation de branche », indique un des protagonistes.

Le 24 novembre, les syndicats ont partiellement cédé sur cette question-clé (voir ci-contre) en proposant un mécanisme de substitution. « Si nous parvenons à un accord sur les salaires, nous devrions régler les autres sujets », estime le directeur des ressources humaines d'une grande banque. Ainsi, comme le voulait le patronat, la prime d'ancienneté disparaît. Mais elle serait remplacée par une «  prime professionnelle » mise en place durant quatre ans reconductible trois ans. De même l'AFB est revenue sur son idée de transformer une partie des contrats à durée indéterminée en « contrats de projets ».

Par ailleurs, en cas de sanction disciplinaire, l'instance de recours aura un rôle suspensif comme le demandaient les syndicats. La question des qualifications devrait aussi trouver une solution.

La situation est donc paradoxale : la mobilisation devrait être forte mardi 30 novembre, mais dans le même temps, la situation semble se débloquer. Contrairement à la négociation sur le temps de travail (lire ci-contre) qui se sont conclues par la signature du seul SNB-CGC, les syndicats semblent aujourd'hui unis face au patronat, même si certains soupçonnent malgré tout le SNB-CGC d'être tenté par une signature isolée.

Gérard Labrune, président du SNB-CGC, se dit optimiste. « Sur la forme comme sur le fond, les nouvelles propositions du patronat permettent de trouver des points de convergence. Mais nous ne signerons pas seuls. Nous n'avons pas vocation à jouer le rôle du Christ.  » Le principal syndicat du secteur, la CFDT, est toujours sur une position assez dure. « L'AFB a edicté des principes sans rien derrière », regrette Guy Nortier, de la CFDT. « Après deux années de sur-place, depuis les propositions des fédérations déposées début décembre 1997, le risque de vide social au 1er janvier 2000 reste l'hypothèse la plus probable tant les blocages patronaux sont nombreux », indiquait la fédération des syndicats CFDT des banques le 25 novembre, par ailleurs opposée à Nicole Notat. Ce syndicat se félicite que « la préparation de la grève du 30 novembre et les annonces de participation à la manifestation démontrent le caractère massif et inégalé du mouvement en cours ».

Jean-Dominique Simonpoli, secrétaire général de la fédération CGT, note que, face à l'unité syndicale, « l'AFB se décrispe ». « L'AFB doit faire de réelles concessions », prévient Pierre Gendre, secrétaire général de FO Banques. Les fédérations syndicales se retrouveront mardi, à 18 heures, pour tirer le bilan de la journée d'action. Selon plusieurs syndicalistes, il n'est pas exclu que la grève soit reconduite au moins localement.

  Frédéric Lemaître et Pascale Santi


Changement en vue à la CGT

Jean-Dominique Simonpoli, secrétaire général de la fédération CGT des services financiers depuis 1989, quittera ses fonctions enmai prochain. C'est l'actuel secrétaire à l'organisation, Philippe Bourgalle qui sera proposé au congrès pour lui succéder. Depuis plusieurs années, M. Simonpoli a préparé sa reconversion en reprenant des études à la Sorbonne et à l'Institut d'études politiques. Son point de chute consitue davantage une surprise. M. Simonpoli va devenir directeur de Lasaire, un « l aboratoire sociale d'actions, d'innovation, de réflexion et d'échanges », créé et dirigé jusqu'ici par Pierre Héritier,ancien dirigeant de la CFDT.

Depuis dix ans, Lasaire s'est imposé en organisant une biennale de l'Europe sociale et en rassemblant des syndicalistes de diverses obédiences, des intellectuels ainsi que des dirigeants d'entreprise. Lasaire est présidé par par Alain Godard qui dirige la banche agrochimie de Rhône-Poulenc.




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