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NOVEMBRE 99 - N°141 En
Couverture
Votre job à l’heure
internet
Travailleurs
de tous les pays, surfez souris au poing !
Microsoft, Intel, LVMH... La
contestation en ligne gagne l’entreprise. Au grand dam des patrons,
qu’elle déstabilise, et des syndicats, qu’elle dépouille de leurs
prérogatives. Adieu le tract, vive l’e-mail.
Votre entreprise vous harcèle ? Videz votre sac devant des
millions d’internautes ! Comme les salariés de Wall-Mart, qui inondent le
Web de dénonciation des pratiques managériales ou de conseils juridiques.
Ce phénomène prend de l’ampleur : Internet devient un outil de
contestation qui dépossède les syndicats de leur rôle habituel et qui
déstabilise les états-majors. « Avec Internet, il est facile de casser
l’image de marque d’une société », note Monique Blancheteau, professeur de
ressources humaines à l’Institut national des télécommunications. Sur le
Web, le moindre déballage prend une visibilité mondiale immédiate. C’est
ce qu’a compris Ken Hamidi, licencié par Intel après un congé de maladie.
En 1997, il a créé Face Intel pour fédérer les salariés, anciens ou
actuels. Cinq jours après son ouverture, Intel a interdit l’accès au site
dans l’entreprise. Ken Hamidi s’est mis à arroser les 40 000 salariés,
leur adressant une lettre en e-mail. De Santa Clara aux Emirats, chacun
l’a reçue. Son ex-employeur l’assigne en justice. « Dans la high-tech, les
gens sont dispersés. Du coup, c’est un désert syndical. Le moyen de
toucher les gens, c’est le Web », note Mike Blain. Lui vient de créer Wash
Tech, un syndicat virtuel destiné aux personnels de Microsoft ou d’Amazon
dans la zone de Seattle. Fort de ses 40 000 visiteurs, le site informe les
salariés et recrute en ligne. Une tactique qu’a aussi adoptée le CWA, un
autre syndicat high-tech, qui tente de syndiquer le mastodonte IBM. Quant
à la France, elle s’y met aussi. Tout a commencé en décembre 1998, avec
l’ouverture du site UbiFree, à Ubi Soft, qui dénonçait les CDD chroniques,
le clientélisme, et autres pratiques de l’entreprise.
Logistique légère. L’exemple a fait des émules jusque dans l’industrie
traditionnelle. En conflit avec Philippe Jaffré, l’intersyndicale d’Elf
s’est servie du Net avec maestria. « Grâce à notre site Web, nous avons
fait circuler l’info sans recourir aux tracts et à leur lourde logistique.
Pour toucher les 4 000 expatriés de la société, c’était le seul moyen »,
raconte Gilbert Cuque, un des fondateurs du site Elf Résistance. La
mobilisation s’est poursuivie dans le monde réel. Les ingénieurs d’Elf,
inventant la grève en réseau, se sont servis du système d’information pour
bloquer le fonctionnement de la société. Des actions que les directions
tolèrent mal : ainsi, Bernard Martin a ouvert Free MHUDV, le syndicat
virtuel de Moët-Hennessy, filiale de LVMH (neotech.fr/fmhudv). Il est
aujourd’hui en instance de licenciement.
Challenges
- N°141
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